Plus je lis et plus je regrette les études littéraires de prépa. Le fait de ne pas voir toutes les subtilités des écrivains est parfois un peu frustrant.
En tout cas voici une idée originale proposée par les Inrocks.
La crise d’épilepsie (in L’Idiot de Dostoïevski)
“Ce moment est au bord du dicible, au bord de la subjectivité”
Au coeur de L’Idiot, il y a un vide : quand le prince Mychkine bascule dans la crise d’épilepsie. C’est un moment hyper dostoïevskien au sens où on le dit d’un hyper espace : “Si, à cette seconde, c’est-à-dire au tout dernier moment avant la crise, il avait pu avoir le temps de se dire d’une manière claire et consciente : “oui, pour ce moment-là, on peut donner toute sa vie !” alors, bien sûr, ce moment, en lui-même, aurait valu toute une vie”.
Cette phrase me sidère. Je ne parviens pas à la penser, et même à la comprendre. Le conditionnel annule ce qu’elle dit, et pourtant la phrase le dit. Elle se tresse et se croise en son centre, sur le “oui”. Elle a la forme d’un ruban de Moebius. Ce moment juste avant la crise n’existe pas, puisqu’il n’est pas pensé par l’épileptique, et il existe pourtant. Le prince Mychkine, au bord de cette seconde, est là et pas là ; seconde où se concentre toute sa vie, mais seconde impossible, où l’extrême présence à soi coïncide avec sa dissolution. Et le narrateur, lui, est tellement omniscient qu’il entre et sort de la conscience du personnage, dans la même phrase, à toute vitesse.
Je me permets de repomper encore une fois les Inrocks car j’aime beaucoup Marie Darieussecq. Si vous n’avez pas encore lu son premier roman, Truisme (l’histoire d’une jeune fille qui est lentement transformée en truie), jetez vous dessus.
Sinon, tant qu’on parle de bouquins, en dernière lecture j’ai à mon actif:
Rouge Majeur de Denis Labayle
Dans la lignée d’Alabama Song (de Gilles Leroy) ce livre reste une fiction mais l’auteur a tâché de garder le cadre historique. C’est l’histoire de la création du tableau Le Concert de Nicolas Staël. Une large partie se déroule à Antibes et aujourd’hui cette toile se trouve donc au musée Picasso… D’Antibes. Faut que j’y aille maintenant ![]()
Syngué Sabour (Pierre de Patience) de Atiq Rahimi
Une femme en Afghanistan. C’est ce que j’appellerai une essence. Un livre très court mais intense, concentré en émotion. A lire absolument! En même temps ce n’est pas le dernier prix Goncourt pour rien ![]()
Une éducation Libertine de Jean-Baptiste Del Amo
Un peu décousu, les transitions vécues par le héros sont trop rapides (à mon goût). Des bas-fonds parisiens à la haute bourgeoisie (ou promotion canapé). Par contre j’ai adoré la façon de nous faire vivre le Paris du XVIII siècle. On s’y croirait.
